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Coups de sang, coups de gueule... sincères...

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Two

« - Dites, où pourrais-je trouver l’ouvrage de Bruno Bettelheim, « Psychanalyse des Contes de Fée ? »

Immergé dans l’immensité des yeux couleur émeraude, Mano se laisse maintenant porter par les ondes de la voix… Limpide, coulante, elle évoque un banc de poissons frétillants et argentés qui se déplace avec vélocité à la surface de sa conscience…

La question ricoche :

« - Dites, où pourrais-je trouver l’ouvrage de Bruno Bettelheim, « Psychanalyse des Contes de Fée ? »

Un brin impertinente, un zeste agacée, la voix a percuté le silence stupide de Mano… Les mots ont rebondi sur le mur lisse de sa compréhension, glissant puis s’entassant lettre par lettre dans son cerveau : le centre du langage devient tout de Babel…

Et soudain, il sait qu’il doit répondre.. Pour ne pas la perdre…

Les mots qui sortent de sa bouche sont écorchés par sa sécheresse ; ils ont un goût de sang.

« -Dans le rayon médecine des âmes ».. Interloqué, il met quelques secondes à assimiler que l’inconnu qui vient de proférer ces paroles étranges, c’est lui, Mano… Une raucité inhabituelle pour des mots qui heurtent sa sensibilité professionnelle. Que lui arrive-t-il, Bon Dieu ?

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« Mon Dieu, qu’est-ce qui m’arrive ? » Mya ne se reconnaît pas… Elle, la pudique par excellence, elle la petite souris qui se glisse dans n’importe quel trou pour passer inaperçue, elle que le regard d’un homme n’a pas effleurée depuis tant d’années, elle est en train de fixer un de ses pairs… Avec ostentation, avec effronterie… Obnubilée, aimantée…Lui, la dévisage d’un air narquois… Elle détourne brusquement les yeux. Honteuse d’avoir été surprise dans cet examen intime de l’autre… La voix providentielle qui énonce un nom lui fait pousser un soupir de soulagement. Elle lève les yeux en même temps que l’homme se déplie du siège. Une angoisse subite la saisit Il va pénétrer dans le cabinet du professeur, elle n’a pas retenu le nom de cet homme. Tout bascule ; au moment d’entrer dans l’antre du « Saint », il se retourne et la regarde… Intensément… Elle perd pied. Tout bascule..

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Les lettres vacillent devant ses yeux. Lou soupire. La pause méridienne n’est que l’entracte qui lui permet de corriger les cahiers. Leur couverture est rouge, comme la colère factice et conventionnelle du feutre qui stigmatise les erreurs commises dans les exercices matinaux…

Mais est-ce vraiment de la colère ? Peut-être, contre celle qui n’a pas su dispenser avec assez de conviction les explications nécessaires pour éviter les fautes itératives. Un long soupir encore, presque une plainte… Lou aimerait qu’il existe un crayon magique, aux couleurs de l’arc en ciel, qui guide toutes ces petites mains si pleines de bonne volonté dans leur exercice d’acrobatie quotidien . Oui, ces enfants-là concentrent toute leur énergie pour produire le meilleur d’eux-mêmes. Ils ne méritent pas de voir leur travail sanctionné par des griffures couleur sang. Ne lui ont-ils pas d’ailleurs écrit : « On fait tout notre possible pour te "satisfère" ? » Et oui, ils travaillent d’abord pour être reconnus de l’adulte, ne percevant pas encore l’abstraction de leur apprentissage… Le futur n’a aucune consistance pour eux, à part celle du rêve… Ils ont assez de dévorer goulûment l’instant. Elle est leur lien avec l’avenir car elle est présente. Un cordon ombilical avec le ventre du savoir. Ne jamais les humilier, être humble devant eux. Ne pas les décourager, trouver la parole juste pour donner à chaque petit individu un sésame vers l’intégration dans la société. On frappe à la porte de la classe. Lou frotte ses yeux fatigués… « Entrez ! » Mais ce n’est pas la silhouette d’un élève qui surgit dans l’encadrement.. Lou se frotte à nouveau les yeux…

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Mano lui, se racle la gorge… Ce n’est pas possible, ce n’est pas lui qui vient de prononcer ces mots grotesques. Pourtant, si… La visiteuse le dévisage effrontément maintenant, une expression d’incrédulité lui donnant un air à la fois candide et narquois… Elle réitère pour la troisième fois sa question :

« - Dites, où pourrais-je trouver l’ouvrage de Bruno Bettelheim, « Psychanalyse des Contes de Fée ? »

Le ton est plus sec, voire péremptoire. Décharge électrique : cette fois-ci, Mano rougit jusqu’aux pointes de ses cheveux ébouriffés. Lui, le professionnel passionné, lui, le pointilleux qui connaît chaque centimètre carré de sa bibliothèque par cœur est en train de passer pour un incompétent notoire… Un sursaut de fierté le ramène à la raison.

Et même s’il ne reconnaît pas cette voix de gorge qui fait vibrer ses cordes vocales, il parvient à articuler :

« Suivez-moi… »

Il contourne un rayonnage couvert de livres poussiéreux. Il lui semble entendre un murmure d’excitation provenant de l’intérieur des ouvrages. Comme une respiration rapide… qui s’accélère avec les effluves de parfum qui lui parviennent soudainement… « Mademoiselle » de Coco Chanel.. Un martèlement régulier accompagne cette respiration.. Dieu qu’il est bête ! C’est son propre cœur qu’il entend et il bat la chamade… Mademoiselle est tout près de lui, penchée vers lui. Elle vient de reconnaître « la Forteresse Vide ». L’autre titre n’est pas loin. D’un air victorieux, elle l’extirpe de son doux logis et ce faisant se heurte à Mano. Pour la première fois, elle est décontenancée.. Elle tient le livre en l’air, d’une main, ne détachant pas ses yeux de ceux de Mano, rivés sur elle. Une minute intemporelle… Magie de l’électricité qui naît du coup de foudre… Le coup de tonnerre ne vient qu’après.. Le temps en attente, la vitesse du son qui tonne brutalement :

« -Je vous remercie… Monsieur ? »

« -MMM…Mano… A qui ai-je l’honneur ? » Mano se sent encore une fois ridicule. La désuétude de sa question le frappe de plein fouet, le colorant une nouvelle fois, d’un rouge presque violet…Il se sent aussi suranné que les livres dont il est le gardien. Mais Mademoiselle sourit…

« - Je reviendrai… pour vous le rendre.. A bientôt ! »

Et le temps que Mano s’arrache de sa rêverie, le mirage aux yeux verts a fait tinter la porte d’entrée… Il est à nouveau seul… Le corps comme l’âme en feu…

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La porte n’est pas tout à fait refermée. Mya bondit :

« -Monsieur, vous avez oublié votre livre ! »

Le battant se rouvre, les yeux bleus réapparaissent :

« - Je l’ai laissé volontairement. Je le reprendrai en sortant… »

Cette fois, le pêne enclenché scelle l’intimité du patient avec son médecin. Mya est désemparée… Elle se rassied, imprégnée d’un sentiment étrange…

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L
trop beau l'amour pur et foudroyant, les mots coulent sur nos lèvres et nous apportent des frissons, on est emporté par la volupté, on boit, on happe, on ressent, on s'imprègne tant et si fort, qu'on a l'impression d'être à la place des personnages, bravo Lou, tu nous transporte.Biz ton amie Patou
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