Elle est dans une ruelle sombre. Ruelle pavée de son passé. Elle court à perdre haleine. Elle est suivie, poursuivie. Epiée, traquée. Son poursuivant est indétectable. Il porte une cape dinvisibilité. Il pose ses pas dans les siens, sans bruit, immatériel. De lui émanent seulement les affres de langoisse. Langoisse pure. Celle qui vous rend vulnérable. Celle dont la grande Faucheuse se délecte car elle sait quelle est un de ses vassaux les plus dévoués. Celle qui annihile toute capacité de raisonnement, celle qui vous réduit à létait danimal. Primitive, ancestrale, viscérale, impulsive, incontrôlable. Seul exutoire : la fuite. Une fuite éperdue, irraisonnée, pathétique. Vitale.
Lombre se dresse devant elle. Immonde. Terrifiante. On devine un rictus dans sa face creusée. Rictus jubilatoire dune emprise totale. Délectation de la manipulation. Lou nest plus quune marionnette désarticulée. Ses membres de bois, non, de plomb, dansent mécaniquement une gigue grotesque. Elle se démène, inutilement, futilement.
Mais quel est donc ce monstre assoiffé de la sève qui suinte des blessures de ce pantin ?
Lou est dans une impasse, face à un mur. Elle se retourne. Le monstre est sur elle. Elle sent son haleine fétide. Il crache, il postillonne son venin. « Tu nes pas digne de vivre ». Il susurre ces mots, les déroule avec sa langue fourchue. Puis il fond sur elle. Un cri animal, désespéré. Un hurlement de bête. Qui vous glace le sang. Qui lui glace le sang. Mais cest elle qui vient de crier, ou plutôt les tréfonds de son inconscient qui se révoltent. Elle est saisie par le froid de lombre, elle est engloutie, avalée, digérée par ce monstre sans nom. Elle nest plus. Si, linstinct de survie la ramène. Elle émerge Les cheveux en bataille Etc.