Lou émerge Les cheveux en bataille. A légal de son lit, véritable champ labouré par les fantômes de la nuit. Elle émerge lentement, dans cet océan noir qui lentoure encore. Dun noir si profond que ses yeux brûlent de ne rien voir. Elle est en sueur. Non, elle est transie. Les relents de ses cauchemars fous oppressent ses narines. Relents du combat sans pitié entre la vie et la mort. Arène dans laquelle elle est à la fois le rétiaire et le gladiateur. Prise dans ses propres filets. Affaiblie, épuisée, elle tente de reprendre pied. Ses yeux vacillants saccoutument peu à peu ; elle pousse un soupir. Le décor familier apparaît, dabord comme le négatif dune photo dautrefois, puis en sépia. Mais il est là, concret, rassurant, lénifiant. Les rouages de son corps prennent enfin le pas sur ceux de sa pensée. Lombre de la grande armoire, imposante certes, mais emplie de sa vie quotidienne, celle de la psyché, le vieux berceau en fer rempli de ces peluches qui chassent les démons denfant, les rais de la lumière des lampadaires qui filtrent timidement à travers les volets : la grande scène de la vie se met en place. Le metteur en scène reprend les rênes et le script sinscrit de nouveau sur les pages de ses yeux. Elle en rit, elle en pleure De soulagement sans doute. Et ces larmes balaient définitivement les alluvions qui se sont accumulés pendant la trêve de Morphée. Un traître ce Morphée : il promet de plonger dans ses bras, ceux-là mêmes qui ont pour mission de vous envelopper de la cape de loubli promesse ô combien fallacieuse. Lou sébroue : le cauchemar est encore bien prégnant. Il suinte à travers toutes ses pores. Il dégage une odeur pestilentielle, celle de la peur, celle de la panique. Sueurs froides, chaudes, Lou ne sait plus. Elle pose un pied sur le parquet. Le contact lui fait du bien. Elle se lève. Dun pas hésitant. Son compagnon dort toujours, à mille lieues de soupçonner la détresse qui lanime. Elle déroule son corps maigre marqué par les stigmates de la maladie. Puis prend le chemin de la salle de bains, heureusement dans lalignement de la chambre. Obsession : laver le corps autant que lâme pour dissiper, éradiquer, les miasmes de cette nuit qui la rompue. Leau qui se met à couler . Une véritable symphonie Des arpèges qui ségrènent, ou seulement du bruit. Celui qui brise le silence. Celui qui fait dire : « Je vis ». T.O.C : Lou se frotte sous la douche, énergiquement, maladivement. Elle veut effacer toutes les empreintes, toutes les traces dun cauchemar qui sestompe peu à peu. Pourtant