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Coups de sang, coups de gueule... sincères...

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Morceaux de vie (suite)

Chapitre 2

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Cet engagement-là, elle va le prendre sur le terrain, avec ceux qui lui montrent tous les jours que la vie est un défi : elle va essayer de leur faire entrevoir que le savoir est la porte de la liberté, qu’il fait tomber les chaînes de la dépendance comme des différences tout en valorisant la richesse de ces mêmes différences.

Trouver une identité pour ne pas être identique tout en se donnant les capacités d’agir sur le groupe, quel qu’il soit…

Engagement noble et légitime dont la mise en œuvre relève parfois de l’énergie du désespoir tant il semble utopique à mettre en place…

Des heures de préparation qu’il faut accepter de remplacer au pied levé par un « quoi de neuf », paratonnerre efficace à l’orage qui couve…

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Enseigner, c’est sentir avec les fibres de son âme « ce qui va pouvoir passer aujourd’hui » ; c’est instaurer l’atmosphère de confiance qui libérera les esprits et les ouvrira à cette quête du lendemain.

La sagesse de l’expérience. Lou sourit toujours… Elle se souvient encore… « Aujourd’hui, nous allons étudier les pronoms personnels sujets»… « Eh, maîcresse, « i » comprends pas ; « i » veut bien r’dire ? » Quinze bouilles dans une petite école sur le plateau de Caux… La main levée, l’une d’entre elle vient d’énoncer le gros problème… Dans ce coin où le patois est encore très présent, les seuls pronoms personnels utilisés sont : « il(s), -elle(s) éventuellement ! Déjà le « horsain » qu’était Lou avait fait les frais de ce langage coloré certes, mais auquel elle n’était pas habituée… « i veut du thé ? » Lou s’était retournée ne sachant à qui l’enfant parlait… C’était à elle… « Maîtresse, ai oublié ma carte… » « Mais, tu n’avais pas besoin de carte pour aujourd’hui… » « Si, y a toutes mes affaires d’dans ! »  La carte est d’abord un cartable…

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Enseigner, c’est avant tout s’adapter au milieu… Trouver des codes de communication pour s’enrichir mutuellement. C’est amener à comprendre que la société ne se limite pas au monde entier de la famille. Qu’il existe des horizons plus vastes et accessibles, des codes de vie  qui unissent des villes, des pays, que chaque individu y a son rôle à jouer, que ceux qui nous ont précédé nous ont donné l’opportunité d’accéder à la connaissance… que.. que… que…

Qu’il faut être modeste quand on a vraiment la vocation… Nous ne sommes pas des gourous… Ce qu’elle a pourtant cru, investie d’une mission socialement reconnue et honorée… Emportée par son élan, Lou pensait naïvement qu’il suffisait de…

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Les échecs se sont succédés… « Erreurs formatives » qui donnent la mesure de l’humilité que l’on doit acquérir pour apporter une brindille à l’édifice de l’éducation à la vie sociale… Et au moment où on s’y attend le moins, la récompense arrive, presque incongrue…

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Ce jeune Antoni, ni ses camarades ni elle ne l’oublieront jamais… Elle travaillait depuis des semaines sur le thème de la liberté, celle dont on dispose tant qu’on en oublie qu’elle est précieuse et fragile aussi… Ce jour-là, Lou a demandé à ses élèves de réciter la poésie, celle d’Eluard. Déclamation souvent mécanique et dépourvue d’essence… Après quelques essais d’élèves qui, redoutant la mauvaise note, débitaient le texte d’une voix monocorde, le plus vite possible, Antoni a pris la parole… « Sur mon cahier d’écolier, sur les pupitres et les arbres, sur le sable, sur la neige, j’écris ton nom… Sur toutes les pages lues, sur toutes les pages blanches, pierre sang papier ou cendre, j’écris ton nom… » Le silence total s’est fait dans la classe… Un silence empreint d’étonnement, de pudeur… La maturité grave du ton, la ferveur de la voix imposaient le respect…. « Et par le pouvoir d’un mot, je recommence ma vie, je suis né pour te connaître, te nommer, LIBERTE » C’est les yeux pleins de larmes, de fierté, de défi qu’Antoni a prononcé ces derniers mots… Après quelques secondes d’hésitation, un tonnerre d’applaudissements a fusé. Hommage spontané et sincère, reconnaissance d’une douleur que ses camarades sentaient mais ne comprenaient pas… Instant de communion de toute une classe avec ce petit garçon croate, dont le père était en Serbie et risquait sa vie… Lui qui s’exprimait avec difficulté en français, lui dont les autres craignaient le tempérament taciturne, lui dont ils se moquaient à cause de son accent et de ses problèmes scolaires. Il les a conquis en quelques minutes car il avait donné vie à « ce qu’on apprend à l’école ». Il avait chargé le texte de toute l’émotion du vécu sans se tromper une seule fois, signifiant à tous sa volonté de « s’en sortir ». L’enseigné devenait enseignant. Il a donné à sa maîtresse la mesure de l’importance de son rôle dans l’accession à cette liberté. Libre et reconnu dans le groupe, il avait gagné… La classe a changé de visage. Subtilement, utilement. Les enseignements dispensés ont pris une réelle profondeur pour Lou : elle avait compris que cet engagement qu’elle avait pris dépassait ses espoirs et ses déceptions à elle. Elle était un transmetteur, un outil pour permettre à chaque « petit individu » de rejoindre le groupe pour s’y intégrer en y participant activement.

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