Lécume perlait sur ses lèvres. Elle était trempée. Jusquau torse. De sueur ? Non, Elle se mit à claquer des dents Une vague soudaine la submergea. Où était-Elle ? Un goût salé, de larmes ? La falaise, devant Elle Des ombres fantomatiques qui se dessinent. Ovide, Boris Vian, Aragon, Eluard, Kafka Elle sébroua Elle baignait dans une stupeur glacée. Les ombres dansaient de nouveau devant ses yeux. Des ombres plus familières cette fois : son père, un autre homme, proche, -lexilé de sa mémoire-, ses compagnons dune route semée de cahots, ses fils Des médecins Des hommes, rien que des hommes Elle nétait que glaise entre leurs mains
<o:p> </o:p>
Elle se secoua encore. Mais où donc était-Elle ? Elle se sentait à la fois légère et si lourde Elle leva la tête. Le nez de la lune reniflait les embruns. Il était tard. <st1:PersonName productid="La Manche" w:st="on">La Manche</st1:PersonName> navait pas gagné cette partie ou navait pas voulu dElle.
Elle regagna la grève, écoutant cette fois le roulis lénifiant des galets. Elle avait mal, mais pourquoi ? Pas très loin les lumières blafardes des lampadaires éclairaient le casino doù fusaient ça et là les éclats de rire ou de voix Elle revenait au monde. Fantôme Elle même Elle savait ; intuitivement, Elle savait ce qui sétait passé. Peu à peu, des flashs lui revenaient. Elle était montée sur la falaise, cette falaise qui attire, cette falaise qui inspire Elle ne pouvait plus Elle nen pouvait plus Mais Elle na pas pu Elle est redescendue Et sest avancée vers la mer espérant que celle-ci ou le froid, quimporte, la happeraient pour lui permettre doublier. Hier, Elle Mais que faisait-Elle hier ? Le temps est intemporel
<o:p> </o:p>
<o:p> </o:p>
<o:p> </o:p>
Elle a treize ans. Son regard se noie dans celui qui la contemple, celui qui la toujours choyée. Il a la gentillesse de lâme, un cur denfant. Il adore les enfants. Elle ladore. Lui et sa femme habitent loin. Elle le voit peu. Les vacances scolaires, noëls blancs avec la luge de linsouciance, étés ventés dans une Bretagne où locéan captive et réunit familles et enfants. Elle ladore, Il la chérit, la gâte, la pourrit. Mais le tsunami déferle. La vague de la maladie qui obscurcit tout jugement. A.V.C : Aspic ; Vipère, Couleuvre. Des animaux au sang froid qui au contact du sang bouillonnant le font coaguler, créant un désastre sur le chemin du cur, celui qui irrigue le cerveau et aiguise tous les sens. Elle ne le savait pas. Il était malade. Très malade. Il nétait plus le même. Sa bouche, figée dans un rictus, était pour toujours le stigmate de lironie de la vie qui rappelle quelle ne tient quà un fil aussi long soit-il . Il est diminué. Une partie de son corps est tenue par des fils. Il marche comme un automate guidé par un enfant malhabile. Il a la « gnaque », se bat pour retrouver sa dignité, sa vie dhier. Acharnement, Volonté, Courage : Amour, Vice, Compassion.
Il voit sa vie qui bascule, Elle ne verra pas la sienne basculer. Des minutes horaires infiniment définitives. Elle est coupable ; elle sest blottie dans ses bras pour le consoler. Elle échangeait les rôles. Elle ne savait pas. Elle ne savait pas quelle nétait plus une enfant, que le sang qui coule avait fait delle une femme en même temps qu Elle avait vu pousser ces excroissances qui la gênaient un peu Elle a excité ses instincts
De ce jour Elle a voulu gommer, se gommer, rejeter, nier, imploser.
A linstar de la grenouille qui régurgite son tube digestif pour le nettoyer des produits toxiques qui lont souillée, elle sest concentrée sur un unique objectif : devenir un tube digestif. Point de produits toxiques à vomir, seulement des comportements, des provocations, des culpabilisations. Il ne la jamais su. Il a compati à son tour. Il avait déjà oublié
<o:p> </o:p>