
Jacques Chirac (Reuters)
Ah, les grands espaces élyséens... De la verdure à perte de vue, des dizaines et des dizaines d'arbres marqués de mon sceau... Un sentiment unique de liberté, de toute puissance... L'Eden, quoi... Et puis, de grandes réceptions, des milliers de mains qui se tendent vers moi pour me soudoyer... Sentiment plaisant que celui d'être le centre de l'univers.
Et les repas... Je me pourlèche encore au souvenir des grands dîners... Il faut dire que le budget était colossal. J'étais sur l'Olympe, et pfff... Je suis retombé parmi les hommes... communs... étriqués... tout comme leurs parcs, leurs arbres minables et les espaces réduits... où la densité de population est telle que je n'ai plus aucune tranquillité d'esprit.
De plus, vrai paradoxe, on ne voit plus "d'amis" ou si peu... Du faste, je suis passé à l'anonymat... et je n'ai pas supporté... Je suis aigri... et même soupe au lait... D'ailleurs en parlant de soupe, même si ce n'est pas et ne sera jamais la soupe populaire, les repas n'ont plus qu'un goût d'amertume et de regrets... Oui, je deviens irascible, agressif... Ils m'ont même collé sous médocs... Vous vous rendez compte? C'est vrai que j'y suis allé un peu fort... J'étais mordu du pouvoir... Ivre de tout ce qu'il m'apportait... Et là, c'est moi qui ai mordu... La rage, j'ai la rage... Mais pas celle de Pasteur, heureusement encore! La rage de ne plus être le nombril du monde, celle qui vous ronge parce que tout à coup, vous n'êtes plus qu'un individu lambda... Plus personne ne vous bichonne... Et... N'est-ce pas le comble pour... un bichon maltais... De surcroît celui de l'ex président de la République dont il se dit sous les manteaux de fourrure qu'ils sont un bon nombre à le regretter? Oui, j'ai mordu mon maître... Mais avouez qu'il y a de quoi... Il n'avait qu'à pas... m'affubler de ce nom ridicule, na.
Bonne soirée.. Je vous laisse, j'ai les crocs... Signé... "Sumo" Chirac.