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Coups de sang, coups de gueule... sincères...

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Nine

.  Elle se sent mal, si mal ; son angoisse devient si palpable que José a l’impression de la trancher quand il prend la parole :

-         Lou, Lou…

Les mots ont été murmurés avec une douceur infinie…Le goût âcre dans la bouche de Lou s’adoucit… Elle plonge dans le regard de l’autre. Elle est en toute entière en suspension, accrochée aux lèvres qui ont prononcé son nom…

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« Mademoiselle », « Mademoiselle », Mano ressasse ce pseudonyme qu’il a associé à sa « Cendrillon ». Que ne donnerait-il pas pour connaître le vrai, celui qui, tel un fil d’Ariane lui permettrait de combattre tous les obstacles qui la séparent de lui. Plongé dans ses pensées, il n’a pas vu l’éclair ensoleillé qui a disparu à l’angle de la bibliothèque. Indécis, il fait une halte sur le perron. Il se sent lourd. Des jambes de plomb qui refusent de passer la porte. Il est pourtant l’heure, les premiers visiteurs ne vont pas tarder à se montrer. Mano visualise le rituel d’une après-midi ordinaire : restitution, rangement, emprunt ; restitution, rangement, emprunt… Avec de temps à autre, une voix qui rompt le silence pour demander un conseil ou un renseignement. Habituellement, Mano s’acquitte volontiers de ces tâches, fier de ses protégés, heureux de les bichonner, de les soigner, de les présenter. Mais là, au moment précis où il doit franchir le pas, cette routine réconfortante devient si pesante qu’elle lui apparaît soudain insupportable. Il tourne les talons et s’en va.

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Mya essaie de bouger. Ses membres refusent de lui obéir. Elle est sur la planète Pluton, écrasée par la pesanteur…  Elle soulève difficilement les paupières. Ne voit que du rouge, puis du blanc ; du blanc qui papillonne autour d’elle, l’étourdissant encore davantage. Elle referme les yeux ; peu à peu, ses sens se réveillent ; d’abord l’odeur, cette odeur qu’elle hait, une odeur qui emplit ses narines jusqu’à lui en donner la nausée. Elle déglutit. Avec difficulté. Les sons lui parviennent, assourdis, puis de plus en plus discordants. Des bruits de voix, des pas qui claquent, les portes qui s’ouvrent et se referment. Elle tâte ce qui l’environne : c’est froid, dur, impersonnel. Elle est sur un chariot. Avant même de rouvrir les yeux, qu’elle sent humides, elle a compris. Pour la énième fois, elle est aux urgences de l’hôpital. Elle entend, comme dans le cauchemar maintes fois réitéré, une voix qui lui demande de décliner son identité.

-         Allez, Madame, un petit effort, vous êtes revenue parmi nous.

La voix se fait insistante. Mya, dont les larmes coulent malgré elle, ânonne son nom, balbutie son adresse.

-         Vos papiers sont dans votre sac ? Carte vitale, carte d’identité, nom de votre médecin ?

-         Je, je pense, oui…

La conscience à fleur d’âme, elle voit une infirmière fouiller dans le dit sac. Celle-ci verse pêle-mêle  son contenu au pied du chariot. Elle semble avoir trouvé ce qu’elle cherchait car elle s’éloigne, la laissant avec une partie de son intimité étalée à ses pieds. Son regard fait le tour de l’espace où elle se trouve. Elle est garée sur le côté, à l’instar d’autres personnes au regard perdu, noyées dans l’anonymat de l’urgence. Comme eux, elle est dans un couloir, celui qui accueille les flots continus de malades déversés par les camions de pompiers et les ambulances. Elle ne sait même pas comment elle est arrivée là, mais l’éclair rouge du souvenir fait apparaître le véhicule des pompiers. Oui, elle se souvient ; elle était sur le boulevard quand son corps lui a joué cette mauvaise farce. Elle se redresse brusquement. Le papier, où est le papier ? Le seul fil qui la relie à Tian… Elle fait alors un autre constat : elle a été déshabillée, et le seul fil auquel elle est reliée, est celui de la perf’ qui lui a été posée. La chemise d’hôpital qui la couvre à peine est identique à celle de ses malheureux compagnons de peine. Un sursaut de pudeur la pousse à « s’emmitoufler » dans le drap blanc et bleu. En se retournant elle aperçoit le grand sac plastique, celui dans lequel ses vêtements ont été jetés, à l’égal des détritus que l’on enferme pour éviter de polluer l’atmosphère.

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Pour Lou, l’atmosphère devient irrespirable. Elle suffoque. Elle a entendu José prononcer son nom, mais tout est irréel. Elle sait, elle sent que les mots qui vont être prononcés vont peser lourd dans la balance de sa vie. Elle vit un véritable supplice. Au bord de la conscience, elle attend. Mais José a pitié d’elle. C’est avec une volubilité inattendue qu’il s’exprime enfin :

-         Lou, ma tendre Lou, ce n’est pas un hasard si je suis venu aujourd’hui. Tu me connais suffisamment pour deviner mes aspirations. Tu sais que je ne suis aussi qu’un piètre orateur. Je suis venu, je suis venu te dire que je m’en vais.

Les mots sont tombés ; lourds, si lourds. Mais Lou s’est soudain allégée d’un poids incommensurable. Elle sait. Elle sait pourquoi il est là. Curieusement, une joie ineffable l’envahit. Il la respecte, elle a une importance pour lui. Sinon, il ne serait pas venu. Il sait qu’elle aurait su. Mais il est là, devant elle. Pour dire. Pour lui dire. Les mots sont autant de coups de massue. Mais pourtant, pourtant… Elle sait. Elle savait. Le besoin irrépressible de  José de barouder, elle l’a deviné dès leur première rencontre. Dans la cacophonie de sa vie, il s’est mis en quête de toutes les musiques du monde, pour en tirer l’essence, sinon la quintessence… Pour le vivre elle-même, elle connaît ce parcours initiatique… La classe disparaît soudain pour laisser place à un autre décor. Un endroit isolé du monde. Le bout du monde même. La forêt qui sert de jardin, les effluves du bonheur et de l’insouciance concentrés dans l’odeur des pains perdus. Sa grand-mère, la matrone qui gère tout de main de maître. Oui, le temps du bonheur. Le temps où l’on croit que la vérité est inscrite dans les piliers qui ont fondé votre existence, où l’avenir n’existe que dans le présent sans cesse renouvelé. Musique leitmotiv de la cabrette qui grince, musique que l’on recherche tout au long de sa vie avec la soif inextinguible du bonheur révolu.  Justement les sons discordants d’un instrument à vent la tirent de sa rêverie. Un des élèves de la classe orchestre répète avec son professeur, extirpant de son instrument des plaintes suppliciées. José s’est tu, pensif. Aussi fragile qu’elle. Il hésite. Ne sait plus s’il doit poursuivre. Les émotions ont coulé sur le visage de Lou. Le marquant de rigoles brunâtres. Oui, il est venu lui parler de cette envie de fuir, de ce besoin d’échapper à cette vie routinière qui le sclérose de jour en jour. Amnésique d’un passé qui sourd comme une angoisse, héritier de la mer dont l’horizon porte tous les fantasmes, José a relevé l’ancre de son radeau de survie. Un Alain Bombard des temps modernes. Se perdre pour mieux se retrouver. Vente arrière, pour aller droit devant. Mais il a du mal à laisser ceux qu’il aime sur le quai ; et il aime Lou. De toutes ses fibres. De toutes ses pores. « J’ai deux amours : ma liberté et notre entité. »… Le choix est cornélien. Entre deux regrets, choisir le moindre pour ne pas avoir de remords…. Il reviendra, mais il a besoin du large. La terre l’étouffe, le sol l’écrase. Il ne peut lui demander le plus grand des sacrifices : le suivre. Alors il se tait, et le silence tombe comme un sarcophage de plomb. Brusquement, il prend une craie, et, sur le tableau noir inscrit ces mots : « je reviendrai te chercher ». Puis telle l’hallucination qui se dissipe quand l’orage est passé, il disparaît. Lou fixe intensément le tableau sur lequel les mots dansent dans une ronde diabolique.

 

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M
Excellent passage, une lecture pr?ante. Bravo !Amicalement, Marie-Jos?e
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M
Pas de suite ????? Snifff!!!!!
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L
et José (cinq)bizpatou
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L
Je pleure avec Lou, mais j'attends la suite avec impatience, je vais allé me coucher et mes pensées ne seront que pour ces trois personnages, pardon quatre avec Tian, qui m'ont rempli d'émotionsbisous ma Louà très bientôtton amie Patou
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M
Ouf la page 9 est arrivée ... mais je veux en savoir toujurs plus !!! Mais prend ton temps, ca vaut le coup ! Bravo
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