En effet, dans le salut dusage, le professeur congédie son patient, lequel, désemparé, revient vers Mya.
Véritable zombie, il a le pas hésitant. Elle se précipite ; au passage, elle a attrapé à la volée le livre quil avait laissé. Elle le lui tend, maladroitement. « Vous revoir », de Marc Levy Un signe, plus même, un symbole. Il la remercie dun sourire triste et désabusé.
« - Voulez-vous que jaille vous chercher un café ? » Sa témérité la tétanise. Elle a osé adresser la parole à un inconnu. Elle rosit, estomaquée de sa propre impudence.
- Ce serait gentil, je vous remercie.
La voix est éraillée, comme blessée. Elle nen revient pas ; non seulement, il lui a répondu, mais en plus il ne la rejette pas. Cest plus quelle ne pouvait espérer. La tête lui tourne, elle se dit quelle va séveiller. Comme une automate elle sort du service : elle se dirige vers le distributeur ; le gobelet jaillit. Elle rapporte le liquide précieux, celui grâce auquel elle va pouvoir lier connaissance. Peu lui importe maintenant son rendez-vous. Elle peut attendre des heures. Il est assis sur le siège, le regard vague
Le regard est acéré, autant que le sourire tendre. Lou sébroue.
« -Bonjour José.
- Tu nas pas changé. »
La phrase est banale, galvaudée ; mais Lou pousse un soupir de soulagement. Cette phrase est rassurante, lénifiante. Elle sait pourtant, elle sait que les années écoulées ont laissé leur empreinte mais elle accepte avec reconnaissance le geste galant. Cest dun ton enjoué quelle lui répond :
-Toi non plus, José..
Mensonges de convenance dont aucun des deux nest dupe mais qui brise la glace.
-Je vois que tu es toujours aussi absorbée par ton métier.
- Oui, José, « absorbée » est bien le terme.. Mes élèves sont de véritables petits vampires
Elle se met à rire. Un rire clair, juvénile, qui résonne dans la classe désertée. José sourit à nouveau ; il fait un pas, puis sarrête :
- Je te dérange, peut-être ?
- Non, José, une pause me fera le plus grand bien. »
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Elle se lève, contourne le bureau ; la distance qui les sépare est maintenant infime. Pourtant, un mur de gêne se dresse soudainement.
« - Ca fait si longtemps
Cest Lou qui a prononcé ces mots. Elle perd pied, ne sachant plus quelle contenance prendre. Elle ressemble à une jeune fille effarouchée abordée par un inconnu.
José fait un pas en avant, brisant de ce fait lobstacle qui sétait dressé. Il lattrape par les épaules, puis tourne son menton vers la lumière. Choc électrique. Explosion de sensations
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Mano se remet difficilement du tsunami qui la submergé. Il fixe toujours la porte qui sest refermée sur cette rencontre improbable. Laquelle se rouvre justement pour laisser entrer le quotidien. Les anonymes qui viennent emprunter un morceau de rêve ou assouvir une soif de connaissances. Il se redresse, endosse son costume de bibliothécaire confirmé. Ceux-là nont besoin que de sa dextérité à dénicher louvrage quils recherchent. De son professionnalisme. Celui dont il est si fier. Machinalement, il enregistre les ouvrages rendus. Le cliquètement des touches de lordi le ramène à la réalité. Sourire conventionnel aux lèvres, il guide obligeamment les nouveaux venus vers les rayonnages adéquats. Jules Vallès veille sur ses compagnons dun il bienveillant. Lenfant du Velay a en effet la place dhonneur dans la bibliothèque. Celui qui sest illustré pendant <st1:personname productid="la Commune" w:st="on">la Commune</st1:personname> de Paris en créant « Le cri du Peuple », trône dans un cadre suranné. Comme un automate, Mano dispense ses conseils, les étoffant dune anecdote, jonglant avec brio avec lHistoire et le romanesque. Oui, Mano est un érudit. Autodidacte, il sest nourri pendant des années de la sève contenue dans ces livres quil chérit comme des enfants. Il aime les caresser pour les apprivoiser. Il sait les trésors quils contiennent. Leur capacité à vous plonger dans un univers parallèle quand la grisaille recouvre le jour. Sésames pour entrer dans une quatrième dimension dans laquelle vous devenez le héros. Voyage vers lintemporel. Alchimie des mots qui vous téléporte, loin, si loin
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Mya revient dans la salle dattente. Son inconnu na pas bougé ; si, il sest rassis, bras ballants. Le livre pend au bout de lun deux, oublié, abandonné. Elle sapproche doucement et tend à lhomme le breuvage brûlant. Les yeux bleus la regardent sans la voir. Mais tout à coup, ils semplissent de larmes.
« - Merci.. Pardonnez-moi
La voix est éraillée, déformée par la souffrance.
- Buvez, je vous en prie.
- Je . Je viens dapprendre une mauvaise nouvelle
- Vous nêtes pas obligé den parler
- Si vous voulez bien mécouter
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La voix est devenue suppliante. Mya ne résiste pas.
- Et si nous sortions prendre lair ?
Laudace de cette invitation la surprend elle-même.
- Oui, sans doute Nous serons mieux ailleurs.
- Allez, venez, je vous accompagne.
Il se lève, pauvre marionnette animée par des fils distendus, et lui emboîte le pas ; ils quittent lunivers blanc pour gagner lentrée de lhôpital. Les portes battantes souvrent, leur livrant soudainement les bruits discordants de la fourmilière. Les allées et venues des ambulances, des VSL, des camions de livraison, les gens qui entrent et sortent sans discontinuer. Ballet sur une musique dodécaphonique qui heurte les sens. Quelques individus pourtant, semblent figés dans une pose évanescente, ignorant le tumulte qui règne autour deux. Ce sont les malades « moins atteints », qui pour respirer la vie, viennent aspirer les toxines dune cigarette, prétexte à une évasion dérisoire.
- Vous, vous permettez que je fume ?
- Je vous en prie
Mya sait limportance du geste, qui raccroche lindividu à une réalité La nocivité du tabac contre limpression dêtre « sain »
- Pardon, nous ne nous sommes pas présentés
Les couleurs reviennent sur le visage émacié ; lesquisse dun sourire lui donne un air juvénile.
- Oui, effectivement, qui sommes-nous ?
- Deux « code-barres » erronés
La réponse de Mya a fusé, élargissant le sourire de lhomme. Il la détaille maintenant, faisant naître un frisson qui court le long de son échine
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