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Coups de sang, coups de gueule... sincères...

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Four

En effet, dans le salut d’usage, le professeur congédie son patient, lequel, désemparé, revient vers Mya. 

Véritable zombie, il a le pas hésitant. Elle se précipite ; au passage, elle a attrapé à la volée le livre qu’il avait laissé. Elle le lui tend, maladroitement. « Vous revoir », de Marc Levy…Un signe, plus même, un symbole. Il la remercie d’un sourire triste et désabusé.

« - Voulez-vous que j’aille vous chercher un café ? » Sa témérité la tétanise. Elle a osé adresser la parole à un inconnu. Elle rosit, estomaquée de sa propre impudence.

-         Ce serait gentil, je vous remercie.

La voix est éraillée, comme blessée. Elle n’en revient pas ; non seulement, il lui a répondu, mais en plus il ne la rejette pas. C’est plus qu’elle ne pouvait espérer. La tête lui tourne, elle se dit qu’elle va s’éveiller. Comme une automate elle sort du service : elle se dirige vers le distributeur ; le gobelet jaillit. Elle rapporte le liquide précieux, celui grâce auquel elle va pouvoir lier connaissance. Peu lui importe maintenant son rendez-vous. Elle peut attendre des heures. Il est assis sur le siège, le regard vague…

Le regard est acéré, autant que le sourire tendre. Lou s’ébroue.

« -Bonjour José.

-         Tu n’as pas changé. »

La phrase est banale, galvaudée ; mais Lou pousse un soupir de soulagement. Cette phrase est rassurante, lénifiante. Elle sait pourtant, elle sait que les années écoulées ont laissé leur empreinte mais elle accepte avec reconnaissance le geste galant. C’est d’un ton enjoué qu’elle lui répond :

-Toi non plus, José..

Mensonges de convenance dont aucun des deux n’est dupe mais qui brise la glace.

-Je vois que tu es toujours aussi absorbée par ton métier.

-         Oui, José, « absorbée » est bien le terme.. Mes élèves sont de véritables petits vampires…

Elle se met à rire. Un rire clair, juvénile, qui résonne dans la classe désertée. José sourit à nouveau ; il fait un pas, puis s’arrête :

-         Je te dérange, peut-être ?

-         Non, José, une pause me fera le plus grand bien. »

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Elle se lève, contourne le bureau ; la distance qui les sépare est maintenant infime. Pourtant, un mur de gêne se dresse soudainement.

« - Ca fait si longtemps…

C’est Lou qui a prononcé ces mots. Elle perd pied, ne sachant plus quelle contenance prendre. Elle ressemble à une jeune fille effarouchée abordée par un inconnu.

José fait un pas en avant, brisant de ce fait l’obstacle qui s’était dressé. Il l’attrape par les épaules,  puis tourne son menton vers la lumière. Choc électrique. Explosion de sensations…

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Mano se remet difficilement du tsunami qui l’a submergé. Il fixe toujours la porte qui s’est refermée sur cette rencontre improbable. Laquelle se rouvre justement pour laisser entrer le quotidien. Les anonymes qui viennent emprunter un morceau de rêve ou assouvir une soif de connaissances. Il se redresse, endosse son costume de bibliothécaire confirmé. Ceux-là n’ont besoin que de sa dextérité à dénicher l’ouvrage qu’ils recherchent. De son professionnalisme. Celui dont il est si fier. Machinalement, il enregistre les ouvrages rendus. Le cliquètement des touches de l’ordi le ramène à la réalité. Sourire conventionnel aux lèvres, il guide obligeamment les nouveaux venus vers les rayonnages adéquats. Jules Vallès veille sur ses compagnons d’un œil bienveillant. L’enfant du Velay a en effet la place d’honneur dans la bibliothèque. Celui qui s’est illustré pendant <st1:personname productid="la Commune" w:st="on">la Commune</st1:personname> de Paris en créant « Le cri du Peuple », trône dans un cadre suranné. Comme un automate, Mano dispense ses conseils, les étoffant d’une anecdote, jonglant avec brio avec l’Histoire et le romanesque. Oui, Mano est un érudit. Autodidacte, il s’est nourri pendant des années de la sève contenue dans ces livres qu’il chérit comme des enfants. Il aime les caresser pour les apprivoiser. Il sait les trésors qu’ils contiennent. Leur capacité à vous plonger dans un univers parallèle quand la grisaille recouvre le jour. Sésames pour entrer dans une quatrième dimension dans laquelle vous devenez le héros. Voyage vers l’intemporel. Alchimie des mots qui vous téléporte, loin, si loin…

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Mya revient dans la salle d’attente. Son inconnu n’a pas bougé ; si, il s’est rassis, bras ballants. Le livre pend au bout de l’un d’eux, oublié, abandonné. Elle s’approche doucement et tend à l’homme le breuvage brûlant. Les yeux bleus la regardent sans la voir. Mais tout à coup, ils s’emplissent de larmes.

« - Merci.. Pardonnez-moi…

La voix est éraillée, déformée par la souffrance.

-         Buvez, je vous en prie.

-         Je…. Je viens d’apprendre une mauvaise nouvelle…

-         Vous n’êtes pas obligé d’en parler…

-         Si vous voulez bien m’écouter…

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La voix est devenue suppliante. Mya ne résiste pas.

-         Et si nous sortions prendre l’air ?

L’audace de cette invitation la surprend elle-même.

-         Oui, sans doute… Nous serons mieux ailleurs.

-         Allez, venez, je vous accompagne.

Il se lève, pauvre marionnette animée par des fils distendus, et lui emboîte le pas ; ils quittent l’univers blanc pour gagner l’entrée de l’hôpital. Les portes battantes s’ouvrent, leur livrant soudainement les bruits discordants de la fourmilière. Les allées et venues des ambulances, des VSL, des camions de livraison, les gens qui entrent et sortent sans discontinuer. Ballet sur une musique dodécaphonique qui heurte les sens. Quelques individus pourtant, semblent figés… dans une pose évanescente, ignorant le tumulte qui règne autour d’eux. Ce sont les malades « moins atteints », qui pour respirer la vie, viennent aspirer les toxines d’une cigarette, prétexte à une évasion dérisoire.

- Vous, … vous permettez que je fume ?

-         Je vous en prie…

Mya sait l’importance du geste, qui raccroche l’individu à une réalité… La nocivité du tabac contre l’impression d’être « sain »…

-         Pardon, nous ne nous sommes pas présentés…

Les couleurs reviennent sur le visage émacié ; l’esquisse d’un sourire lui donne un air juvénile.

-         Oui, effectivement, qui sommes-nous ?

-         Deux « code-barres » erronés…

La réponse de Mya a fusé, élargissant le sourire de l’homme. Il la détaille maintenant, faisant naître un frisson qui court le long de son échine…

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V
Vite five !
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