Mano a les yeux grand ouverts. Pour ne pas perdre les images ; pour les graver au détail près. Portrait robot rétinien.
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Des insomniaques nyctalopes ; qui ont la faculté de glisser dans la pénombre de leur passé
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Le lendemain se réveille péniblement. Mya et Lou ont les yeux embrumés de fatigue, tandis que des nappes de brouillard étirent leur drap blanc dehors. Mano a plus de chance : un rayon de soleil vient soulever une paupière, le tirant dun sommeil qui la terrassé juste avant laube.
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Une nouvelle journée commence. Rituelle. Un rituel qui efface partiellement les ombres menaçantes de la nuit. Lodeur du café envahit la ville, signal dune future activité quotidienne. Thé ou café, les indispensables, les excitants qui vont nourrir la nécessaire « forme » dune journée qui commence.
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Lou avale rapidement ; sa gorge est douloureuse. Un nud sy est formé.
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Mano boit machinalement. Il est déjà parti. Pressé.. Fuir ou agir.
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Mya sest levée avec difficulté. Le sommeil de synthèse nest quune illusion. Elle tombe lourdement sur le tabouret de la cuisine. Son attention se porte sur le courrier quelle a posé là, sur la table, en rentrant hier. Au milieu des récapitulatifs de soins et des publicités, une enveloppe attire son attention. Ou plutôt son en-tête. « Réservoir- Prod ». Incongrue dans le tas habituel. La curiosité lemporte. Elle décachète. Puis laisse tomber le mince feuillet. Absente.
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Lou a rassemblé livres et cahiers. Elle attrape son cartable ; il pèse lourd ce matin. Elle ferme distraitement la porte et sen va vers un nouveau défi : ne rien laisser transparaître de ce quelle endure.
Mano est déjà arrivé. Les odeurs familières choquent aujourdhui ses narines. Il a envie de sébrouer, pour éliminer le poids de la poussière dune routine accumulée depuis maintenant vingt ans.
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Cela fait des années quelle attendait cela ; incrédule, Mya relit le courrier. « Nous préparons une émission sur lanorexie des adultes. Votre mail nous a touchés. Accepteriez-vous de participer à votre émission ? ». Oui, Mya sest insurgée lannée précédente, suite à ma médiatisation de lanorexie des adolescents. Oui, elle a rédigé un mail cinglant de désespoir. « Tous les ados ne meurent pas ; tous ne sen sortent pas. Ceux qui survivent nexistent pas. Nont pas le droit dexister. Quand se décidera-t-on à parler de ceux qui végètent dans lombre de la honte ? ». Un an. Il a fallu un an pour obtenir une réponse. Mais cela valait peut-être la peine dattendre. Brutalement, une vague dangoisse déferle. « Non, je ne peux accepter. Je ne serai pas à la hauteur ». Cest vrai que Mya ne supporte pas son image. Les médecins appellent cela « la dysmorphie ». Alors, se présenter devant des caméras, devant des milliers de téléspectateurs, cest au delà de ses forces Une multitude de sentiments lagite.
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Entre désespoir et lassitude, Lou prend le chemin de lécole. Le trajet prend des allures de chemin de croix. Des pauses incessantes. Pour aspirer lair qui lui manque cruellement. Elle parvient au portail. Y dépose sa vie personnelle. Professionnelle, Lou va entrer dans le sanctuaire en ayant gommé ses états dâme. La gomme magique. Celle qui doit permettre docculter pendant six heures tout élément perturbateur.
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Perturbé, Mano lest. Son inattention entraîne même des réactions en chaîne. Des livres mal replacés, des clients qui viennent au bureau des plaintes. Le ton qui monte, à légal de lexaspération qui le gagne. Une envie incontrôlable de voir le temps défiler plus vite. Pour Mais pour quoi, au fait ?