José respecte le cheminement intérieur de Lou. Il lit sur son visage si expressif toutes les émotions qui laniment. En quelques secondes, de serein, ce visage si mobile est devenu inquiet. Le désarroi lui donne une expression maintenant pathétique. Il sent les affres du doute la gagner. Il la connaît si bien quil devine ce qui se passe en elle : elle ne comprend pas ; elle ne comprend pas pourquoi il fait de nouveau irruption dans sa vie, en bousculant la routine quelle a mise en place comme une barrière, bouclier contre tout ce qui pourrait la déstabiliser. Emane delle une fragilité qui la toujours touché à cur. Cest ce quil aime chez Lou. Elle est en porcelaine. Mais pas nimporte quelle porcelaine Celle dont la lumière révèle toute la finesse et la beauté. Translucide avec des effets moirés Qui chatoient au soleil de la vie. Oui, il respecte ce moment, car le but de sa venue pourrait la bouleverser
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« Mademoiselle » est désorientée chamboulée Elle a quitté précipitamment la bibliothèque sans vraiment comprendre ce qui lui arrivait Elle se souvient seulement de la décharge électrique au moment du contact Elle a perdu la connaissance de ce qui sest ensuivi.. ainsi que la notion de temps. Depuis quand erre-t-elle ? Des milliers de secondes.. qui se sont évaporées de sa vie pfffuit Elle est là, devant une jeune femme à lair hébété qui la contemple, qui hausse les sourcils, qui titube presque devant elle une fraction de conscience pour comprendre que cest elle, elle qui a lair davoir vu un fantôme, elle qui menace de se casser en mille morceaux devant le miroir de cette boutique de fringues Ce constat lui redonne un peu de couleur ; elle est fière « Mademoiselle » ; elle ne doit pas se laisser ainsi aller dans la rue Elle sébroue comme un jeune chien, et saperçoit quelle tient toujours le livre de Bettelheim à la main. « Tout conte de fées est un miroir magique qui reflète certains aspects de notre univers intérieur et des démarches qu'exige notre passage de l'immaturité à la maturité. » Ah ! limportance des contes de fée.. « Mademoiselle » fait des études sur ce thème Elle doit bâtir un mémoire. Mais pour linstant, dans linstant, elle ne souhaite quune chose : que le rêve éveillé devienne son conte à elle, Belle au Bois Dormant moderne. Elle le sait, elle le sent dans toutes les fibres de son corps : elle a rencontré son Prince Charmant Reste à trouver le miroir magique qui lui permettra de pénétrer dans cet univers feutré, dans lequel les émotions se déclinent à travers les livres, dans lequel la potion est inscrite dans le grand grimoire de la poésie des mots, ce miroir capable de révéler les vérités invisibles autant que les souhaits les plus profonds. Elle brûle Elle brûle de savoir ce que fait lhomme qui a incendié son cur, elle brûle dentrer dans ses pensées intimes, elle brûle de rebrousser chemin pour endiguer ce flot dinterrogations qui la submergée. Elle se persuade même que lui aussi, en ce moment même, se pose les mêmes questions Dailleurs, elle ne sest même pas présentée Ses origines bretonnes chantent dans son prénom : Luan Oui, lui, il saurait lui donner une sonorité particulière, il le lui susurrerait à loreille, il le murmurerait dans un écho infini. Un concerto dans lequel lorchestre livresque en ferait son thème, pendant que Mano ? oui, Mano le déclinerait dans lintimité de leurs curs. Portée par les émotions qui la font vibrer, Luan a inconsciemment repris le parcours qui lavait emmenée à la bibliothèque. Parvenue devant la lourde porte imposante, elle sarrête net, alors quune moue dindécision gomme lexaltation qui irradiait son visage. Que va-t-elle faire ? Que peut-elle lui dire ? Elle se sent brusquement ridicule, peut-être sest-elle trompée sur la réaction de Mano, peut-être lui a-t-elle prêté des sentiments quil néprouve pas Et si cest le cas, elle va au devant dune humiliation cuisante Son côté pragmatique lui souffle quon ne peut se jeter dans les bras dun homme de façon aussi inconsidérée.
Cest dun geste décidé quelle fait volte-face et tourne au coin de lédifice, laissant passer le destin, car Mano apparaît justement à lautre bout de la rue
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Mya, est maintenant sur le grand boulevard qui strie sa ville. Une fourmi dans un zoo géant. Elle na pu sempêcher de ressortir le bout de papier vulgairement anodin, qui pour elle est un trésor. Tout en marchant dun pas vif, elle le triture dun air songeur. Elle ne sait que faire et cette indécision la torture. Ses pensées sont interrompues par un léger étourdissement. Midi est déjà loin et elle na même pas pris le temps davaler son élixir de survie. Elle sait pourtant le prix quelle risque de payer si elle nobéit pas aux signaux dalerte Elle a marché longtemps, longtemps un voile diffus lui obscurcit sporadiquement les yeux. Elle connaît les symptômes. Les signaux dépuisement virent au rouge. Dans leuphorie provoquée par les endomorphines générées par son corps, Mya a occulté le malaise qui surgit, tel un diable jaillissant de sa boîte. Au milieu de nulle part, elle saccroupit soudain, terrassée par le malaise qui la submerge. Elle voit lhorizon basculer. Le ciel chavire, les couleurs tourbillonnent vite, de plus en plus vite, jusquà se fondre dans un blanc laiteux et ouaté au centre duquel, telle une plume qui senvole, le précieux talisman simprime comme la dernière image consciente.
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Lou na pas conscience du regard qui pèse sur elle. Toujours en proie aux affres de la peur de casser le miroir magique de ce conte de fées feuilletonesque, elle craint lépisode suivant. Lair sest brutalement appesanti dans la pièce, la confinant ; les murs rétrécissent inexorablement, amenuisant son champ de vision, jusquà le restreindre à deux pupilles, noires, mobiles, celles dont elle attend si pathétiquement la réponse. Elle lève un menton plein de défi ; lair semplit de sa respiration rapide, presque haletante qui ponctue le silence ambiant.