Untel et Autre
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« Autre - Quavez-vous à me scruter de la sorte ?
Untel - Je ne vous scrute pas, je vous regarde.
- Pourquoi me regardez-vous ?
- Pourquoi naurais-je pas le droit de vous regarder ?
- Alors que voyez-vous ?
- Je ne vous vois pas, je vous écoute.
- Pourquoi ne me voyez-vous pas ?
- Parce que vous me dérangez.
- Pourquoi vous dérangerai-je ?
- Parce que.. parce que vous obstruez ma tranquillité.
- Pourquoi obstruerais-je votre tranquillité ?
- Parce que vous me dérangez, vous dis-je !.
- Jobstrue votre tranquillité parce que je vous dérange. Alors, pourquoi mécoutez vous ?
- Parce que vous avez la voix de tout le monde.
- Si je comprends bien, vous acceptez de mécouter parce que ma voix est celle de Monsieur tout le Monde, mais comme mon apparence vous dérange, vous me regardez sans me voir.
- Vous avez tout compris M. lAutre. Votre différence mimportune ; Vous êtes-vous regardé ?
- Je me regarde sans me voir Mais, si vous me dites ça, cest que vous mavez regardé, donc vu !
- Jai vu votre image, oui, celle qui me renvoie la monstruosité du Monde.
- Monstruosité ? Je dirai « différence ».
- Je ne vois pas la nuance. La différence choque, la différence importune, la différence nest pas normale ; donc la différence est monstrueuse.
- Ce nest pas vos yeux qui sont aveugles, M. Untel, cest votre âme. Obscurcie par la bêtise qui rend méchant, elle a perdu la lucidité nécessaire pour juger de la valeur de la différence.
- Cest vous qui ne vous voyez pas : vous me lavez dit ! Or je vous répète que votre reflet indispose les gens normaux.
- Où est donc la normalité, M. Untel ?
- Elle est dans lidentité.
- Lidentité concourt-elle à lenrichissement ?
- Lidentité permet de se fondre dans le groupe, donc dans une société . Et vous savez comme moi que les humains sont grégaires.
- Vous prônez donc leugénisme.
- Je ne connais pas ce mot.
- Eh, bien, je vous explique : au nom de « la normalité » se référant au plus grand nombre, vous sélectionnez pour éradiquer les différences. Vous ne vous rendez même pas compte que vous appauvrissez votre horizon et votre avenir
- Je suis un homme racé et fier de lêtre
- De quelle race me parlez-vous ?
- De la race des gens « honnêtes » qui se bat pour préserver son patrimoine de normalité.
- Vous me parlez de « race » Savez-vous que le mot « race » ne peut être appliqué à lespèce humaine ? Cest scientifiquement prouvé : il ny a pas de sous-groupe. Vous nêtes donc quun animal rangé dans une subdivision parmi dautres
- Vous commencez à méchauffer : vous, vous auriez sans doute votre place dans une Foire
- Parce que je suis différent ?
- Parce que vous vous exhibez sans pudeur.
- Quentendez-vous par là ?
- Vous promenez votre squelette en culpabilisant ceux qui vous regardent.
- Pourquoi culpabiliser ?
- Parce que nous sommes nombreux à envier votre apparence.
- Je ne comprends plus rien
- Allez, ne jouez pas les innocents ! Vous êtes ce que nous ne sommes pas. Mince à nous faire crever de jalousie.
- Vous refusez donc de me voir parce que mon apparence vous dérange. Elle vous dérange parce que vous voudriez être comme celui dont vous venez de dire quil nétait quun animal de Foire. Absurde, ne croyez-vous pas ?
- Dites, avez-vous déjà été cloné ?
- ..FIN !!!! »